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Un abordage mené par le Capitaine Pinel


On a tous vu au cinéma ces gros navires s'accostant flanc contre flanc et des dizaines de pirates jouant à tarzan au bout d'un câble pour passer d'un navire à l'autre. En réalité, un abordage relevait d'une tactique beaucoup plus complexe. Les navires des flibustiers et pirates étaient petits mais rapides et très manoeuvrables justement pour des raisons tactiques.


Il y a quelques années on a lancé une réplique exacte d'un navire corsaire utilisé par Surcouf. Des experts et de grands navigateurs modernes l'ont essayé. Par prudence, ils n’ont hissés que la moitié des voiles utilisées par les corsaires. À leur grande surprise, même avec une voilure réduite, il navigue presqu'aussi vite qu'un voilier de course moderne. Leur conclusion fut que les corsaires devaient être des fous ou des marins de génie pour réussir à manoeuvrer sans le faire chavirer un navire équipé d'une aussi grande surface de voile. Mais c’est aussi ce qui leur permettait d’approcher un navire ennemi en se tenant dans une position favorable.

Le Père Labat qui n'était pas du tout un prêtre tranquille et paisible, rapporte qu’un jour, il voit entrer au port une corvette armée seulement de six canons de faible calibre. C'est le capitaine Pinel qui vient de capturer deux vaisseaux anglais, l'un de douze canons et quarante-cinq hommes d'équipage, l'autre de dix-huit canons et cinquante-huit hommes.

Le père Labat remarque à quel point les vaisseaux capturés sont bien armés: Ils ont tous deux des gaillards d'avant et d'arrière retranchés comme des « bunkers » avec des sabords pour les canons, des meurtrières, des coffres à feu, des grenades lardées. Je n'ai jamais pu savoir ce que sont au juste les « coffres à feu » bien que le récit du père Labatt en donne une idée, mais les grenades lardées sont attachées à l'extérieur des gaillards. On allume la mèche de l'intérieur pour les faire exploser et projeter des éclats de fer sur les flibustiers qui approchent du gaillard. En plus de cela, le père Labat voit aussi :

L’abordage

«...des espoirs, ou espingards de fonte ou on met vingt-cinq ou trente balles de mousquets, et je ne sais combien d'autres attirails qui augmentaient la surprise où j'étais de comment on avait pu surmonter tant d'obstacles et enlever ces deux bâtiments. Un flibustier me dit que tout les canons et les autres défenses ne méritaient pas qu'on y fit la moindre attention. Et même que leur propre canon était plus par cérémonie que par nécessité, puisqu'ils n'employaient presque jamais que les deux pièces de chasse placées en avant de leur corvette. Jamais les flibustiers n'attaquaient un vaisseau que par en avant ou par en arrière, leur fusils leur suffisant pour le désoler jusqu'au moment de sauter à l'abordage.


Les vaisseaux anglais, voyant venir sur eux une corvette peu imposante se flattèrent qu'ils pourraient s'en rendre maître, de sorte qu'ils brouillèrent leur voiles pour l'attendre. Les flibustiers s'approchèrent du plus gros vaisseau qui faisait grand feu de son canon, et très peu de sa mousqueterie, comme c'est la coutume des anglais. On le battit pendant trois-quart d'heure dans sa hanche et dans son arcasse à coup de canon et de fusil, après quoi le commandant Pinel se jeta dessus avec soixante-dix hommes.


Ceux qui entrèrent par l'avant trouvèrent par hasard une petite écoutille que les anglais n'avaient songés à fermer en se retirant sous le gaillard, ils y jettèrent un flacon de verre empli de poudre, entouré de quatre ou cinq bout de mèches allumée qui mirent le feu à la poudre dans le moment que le flacon se brisa en tombant. Ce qui brula de si horrible façon sept ou huit anglais qu'ils demandèrent quartier; ainsi on s'empara de ce gaillard qui aurait donné beaucoup de peine et qui mettait les flibustiers entre deux feux.


Dans le même temps ceux qui étaient sur le pont ayant trouvé un canon qui était chargé, le pointèrent contre le gaillard d'arrière ou il fit beaucoup de fracas, pendant que ceux qui étaient montés sur la gaillard éventaient les coffres à feu en les perçant à coup de pistolet, après quoi ils ne font plus d'effet; d'autres arrachaient les grenades lardées, et d'autres rompaient à coup de haches le dessus du gaillard pour y faire une ouverture, pendant que ceux qui étaient demeurés sur le pont et qui s'étaient gabionnés derrière la chaloupe que les Anglais avaient eu l'imprudence de laisser sur le pont, faisaient feu sur les meurtrières et sur les sabords du retranchement avec tant de succès que la vivacité des Anglais fut bientôt ralentie, parce qu'ils eurent nombre de morts et de blessés.


Mais ce qui acheva le combat furent quelques flacons de poudre et de grenades qu'on jeta par le trou qu'on avait fait sur le dessus du gaillard. Ils en furent tellement incommodés qu'ils demandèrent quartier et se rendirent: ils avaient eus quinze hommes tués et environ vingt blessés; les flibustiers eurent quatre hommes tués sur le vaisseau et cinq blessés; il y en avait eu six autres avant d'aborder.


Pendant qu'on se battait ainsi, le second vaisseau faisait feu de son canon et de sa mousqueterie sur la corvette des flibustiers qui répondait sans s'éloigner du vaisseau abordé. Mais dès qu'il vit la victoire emportée par les flibustiers, il se rendit à son tour.»