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ABONDANCE OU FAMINE

Pour les flibustiers, c'est ou la fête ou la famine.

À bord des navires surchargés d'hommes, il est impossible d'emmagasiner des vivres en quantité suffisante. En conséquence, la faim est une hantise permanente pour l'équipage. En plus, la nourriture est tellement dégueulasse que les flibustiers préfèrent manger à la noirceur. Les «biscuits de mer», fait de farine et d'eau, sont supposés se conserver des mois. Mais ils sont durs comme du bois et trop souvent bourrés de vers. Quand à la viande, du porc salé quand il y en a, elle est pourrie.

L'eau se contamine très vite aussi. Lorsque l'eau manque, les hommes sont obligés de boire de l'eau de mer ou encore leur urine. Avec pour résultat de gros problèmes de santé et la mort à plus ou moins long terme.

Sur le continent, en territoire ennemi, se nourrir est un problème perpétuel. William Dampier raconte que pendant l'expédition de Coxon, Sharp, Grogniet et Le Picard sur la côte du Pacifique les flibustiers passent le plus clair de leur temps à traquer les troupeaux de vaches ou piller les plantations pour se nourrir. Et dès qu'ils se séparent pour aller chercher à manger, les milices espagnoles leur tendent des embuscades.

Famine à bord.

On lit dans le manuscrit de l'anonyme de Carpentras, que sur les navires flibustiers les vivres sont distribuées à des tables autour de laquelle se regroupent 7 ou 8 hommes. Soit un «corbillon» de biscuits et un «vaisseau» contenant «deux coups à boire pour chacun». Quand au pain, on le divise en parts absolument égales sous le regard attentif de chacun. Pour décourager toute tricherie, chaque matelot met sa «huppe» ou marque dans un chapeau, (un fil noué d'un noeud particulier, une plume, ou toute autre «marque» spécifique à chaque flibustier). Ensuite le chapeau est bien remué, puis les marques tirées au sort et posées sur un morceau de pain. Le matelot récupère alors sa «marque» et le morceau de pain correspondant. Ces précautions montrent à quel point on se méfie des querelles pouvant survenir à tout moment parmi un équipage mal nourri.

Dans ses écrits, Alexandre Oexmelin fait cette description d'un repas à bord d'un navire flibustier.

«Le matin sur les dix heures, le cuisinier met la chaudière sur le feu, pour cuire de la viande salée, dans de l'eau douce, ou à défaut de celle-ci, dans de l'eau de mer. En même temps, il fait bouillir du gros mil battu, jusqu'à ce qu'il devienne épais comme du riz cuit; il prend la graisse de la chaudière à la viande pour la mettre dans ce mil, et dès que cela est fait, il sert le tout dans des plats. L'équipage s'assemble au nombre de 7 pour chaque plat. On fait ordinairement deux repas par jour sur les vaisseaux aventuriers, quand il y a assez de vivres; sinon on n'en fait qu'un. On prie Dieu à l'entrée du repas. Les français, comme catholiques, disent le cantique de Zacharie, le Magnificat et le Miserere. Les Anglais, comme «prétendus réformés», lisent un chapitre de la Bible et du Nouveau Testament, et récitent des Psaumes.»

À nouveau dans le manuscrit de l'anonyme de Carpentras on apprend aussi à quoi ressemble la famine à bord.

«...après avoir erré dans la mer des Antilles sans trouver le moindre navire marchand à piller, les hommes ont été condamnés à manger les souliers, gants, poches de cuir, graines de couteau, crottes de rat, graisse de mât , cancrelats jusqu'à ce que l'équipage réussisse à prendre un grand requin qui fut incontinent mis à la chaudière...»


Notons aussi que le cuisinier est souvent un matelot qui après une blessure au combat ne peut plus servir à grand chose d'autre sur le navire. On le nomme cuisinier mais rien ne garantit qu'il ait la moindre compétence en matière de chaudrons.