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La loi des « frères de la côte » exige au moment du combat la complète obéissance aux chefs choisis par le vote commun, et on est bien obligé de constater que ces chefs ont de réelles compétences militaires.


Prenons en exemple le saccage de Vera Cruz, au Mexique, en 1685. Pour commencer, cette ville n'est pas rien : c'est un des « verrous » de la route de l'or, c'est-à-dire une ville solidement fortifiée. À cette époque, elle compte 6,000 habitants, 300 soldats réguliers à l'intérieur de la ville et 300 autres soldats dans la forteresse de San Juan de Ulua construite sur une ile juste devant le port. En plus, une milice de 400 hommes appuie les soldats.


Alors comment font les flibustiers? D'abord, ils se renseignent. Ils envoient des espions, recrutent de leurs compagnons évadés des prisons de Vera Cruz et qui connaissent bien la ville, utilisent peut-être les services d'anciens habitants devenus pirates. Sur l'île de Roatan, on met des mois à se préparer en secret et à recueillir des renseignements, puis discuter de la meilleure stratégie. Ce qui se fait en buvant des litres de rhum, bien sûr. Les chefs sont les Hollandais De Graaf et Van Hoorn, le français Grammont, le Jamaïcain Georges Spurre, le Virginien Jacob Hall et plusieurs autres dont on ne connaît pas bien les noms. D'avril à mai, quelques 1,300 flibustiers se regroupent.


De Graaf part en tête à bord de deux navires capturés aux espagnols. Sa mission est de se montrer à l'entrée du port de Vera Cruz quand la nuit tombe, puis de s'ancrer au large faisant croire à la forteresse qu'il s'agit de navires marchands qui, par peur des récifs, préfèrent attendre le jour pour approcher de la côte. En fait, De Graaf veut simplement vérifier si les espagnols se doutent de rien et s'il n'y a pas une flotte de guerre au port. Les flibustiers préfèrent surprendre qu'être surpris!


Tout ce temps, les autres navires flibustiers restent hors de vue de la forteresse. Quand il fait nuit, ils approchent de la côte et débarquent 600 hommes juste assez loin de Vera Cruz pour qu'on ne puissent pas les voir. Sur la mer, il n'y a pas d'arbres derrière lesquels se dissimuler, alors comment les flibustiers peuvent cacher une quantité de navires? C'est simple. Ils les cachent sous l'horizon. La terre est ronde. Le gros de la flotte reste assez loin de la forteresse pour être sous de l'horizon, pendant que De Graaf ancre ses deux navires à mi-distance entre la flotte des flibustiers et Vera Cruz. De Graaf est positionné au sommet de la courbure terrestre d’où il peut voir ce qui se passe d'un côté à Vera Cruz et de l'autre envoyer des signaux aux siens. Rusé, non? Pour des marins, c'est élémentaire.

La position de De Graaf rempli une autre fonction. Les 600 flibustiers qui débarquent, puis marchent vers Vera Cruz vont certainement réveiller des habitants qui vont courir avertir les soldats de Vera Cruz. 600 personnes ça fait beaucoup de monde. Même la nuit, cela passe difficilement inaperçu. Alors De Graff met à terre 200 autres flibustiers. Les gens qui se sauvent devant les premiers leurs tombent dans les pattes. Tout cela est si bien exécuté, qu'à l'aube les flibustiers entrent dans la ville endormie sans avoir eu à se battre.

L'étape suivante consiste à semer la panique en tirant dans tous les sens. Des milliers d'habitants éveillés en sursaut sont capturés et enfermés dans l'église. Grammont réunit les chevaux trouvés dans les écuries et dépêche des patrouilles à cheval pour rattraper ceux qui ont pu fuir. Finalement, pour prévenir une contre-attaque toujours possible, 4,000 prisonniers sont transférés sur l’île Sacrificios à deux kilomètres au large de Vera Cruz. Pour ceux-là, on exige une rançon. En attendant, on divise le butin ramassé pendant les quatre jours qui suivent l'attaque surprise. Évidemment, si quelqu'un a une gueule de riche, cela lui coûte cher! Il est joyeusement torturé. On ne sait jamais, il a peut-être caché des richesses quelque part.

La cruauté des flibustiers est trop connue pour surprendre, mais on peut s'étonner de comment ils arrivent à orchestrer des mouvements de troupes aussi importants sans moyen de communication. Il suffit de penser à la quantité de radios, d'émetteurs et de téléphones qui sont nécessaires aujourd'hui pour coordonner un simple raid de police. Alors attaquer une ville en pleine nuit et dans le noir complet, c’est fort.

Une fois leur coup d'éclat réussi et leurs poches bien remplies, il faut dire que leur vilain caractère prend vite le dessus. Van Hoorn veut décapiter des prisonniers et envoyer les têtes au Gouverneur de la province pour accélérer la livraison de la rançon. De Graaf n'est pas d'accord. Les épées sortent. Van Hoorn est blessé et meurt quelques jours plus tard.

Au moment de repartir, les navires flibustiers rencontrent la flotte de guerre qui, une fois l'an, vient à Vera Cruz chercher l'argent extrait des mines du Mexique. Les espagnols laissent passer les navires flibustiers refusant d’engager le combat ou de les poursuivre. De toute manière les flibustiers ont le vent pour eux et sont plus rapides.

 

Attaque de Vera Cruz