Bien après l'époque des flibustiers, le corsaire Surcouf a eu une réplique restée célèbre. Il vient de capturer un navire anglais. Son capitaine, prétentieux et hautain malgré sa défaire, se rend au corsaire et lui fait ce reproche:

     

•     «Nous, nous ne combattons pas pour de l'argent, mais pour l'honneur.Vous avez raison, monsieur, répond Surcouf, chacun de nous combat... pour ce qui lui manque!»


Les flibustiers savent eux aussi que les mots aussi peuvent toucher juste. Par exemple, lorsque le gouverneur de Jamaïque se lamente que l'Espagne va se plaindre des nombreux prisonniers ramenés en otage après un raid sur Panama, Morgan lui suggère de présenter le fait avec une habileté très diplomatique:


«Dites à ces messieurs les Espagnols qu'ils se rassurent: les prisonniers que j'ai fait recevront les mêmes généreux traitements que, dans sa bonté, l'Espagne réserve aux captifs qu'elle a dans ses prisons»


Que pouvent répondre à cela les autorités espagnoles sans admettre leur propre méchanceté? Un jour aussi, l'Olonnais capture une frégate espagnole et trouve un bourreau à bord. Il porte l'ordre de Gouverneur de La Havane de trancher la tête à tout pirate qui serait capturé. Furieux, l'Olonnais décide de donner une leçon au Gouverneur. Un par un, il fait monter les prisonniers de la cale et leur tranche la tête. Il renvoie ensuite le bourreau, et les têtes, à la Havane avec une lettre disant:


«Monsieur, vos ordres ont été exécutées. Et à l'avenir, sachez que je continuerai de les appliquer avec ferveur.»


En réaction au défi de l'Olonnais, le Gouverneur veut maintenir l'ordre de décapiter tout flibustier fait prisonnier. Ses conseillers lui font remarquer que les flibustiers font dix fois plus de prisonniers qu'eux-même en font. L'Olonnais a finalement raison. À l'avenir, on préfère échanger les prisonniers... en entier!

Finasser, ridiculiser l'adversaire par des traits d'esprits est quand même assez commun à cette époque. Là où les flibustiers se distinguent c'est quand ils expriment une noire philosophie existentialiste.


«Aujourd'hui vivants, demain morts, que nous importent d'amasser et de ménager! Nous vivons au jour le jour et ne faisons cas que de celui qui passe, jamais de celui qui doit venir. Viendra-t-il? Fol qui s'en soucie!» telle est la devise des flibustiers selon Alexandre Oexemelin.


Avant de devenir flibustiers la plupart ont connu tellement d'injustices qu'ils pensent vivre dans un monde où ils n'ont plus rien à perdre que la vie. Une vie qui ne vaut pas cher dans la marine marchande. Plus tard, Bartholomew Roberts précise avec encore plus de cynisme.


«Qu'obtient-on par un travail honnête? De maigres rations, de bas salaires et un dur labeur; chez nous, l'abondance jusqu'à plus faim, le plaisir et les aises, la liberté et la puissance; comment hésiter si l'on fait le compte, quant tout ce que l'on risque, dans le pire des cas, c'est la triste mine que l'on fait au bout de la corde. Une existence courte, mais bonne, sera ma devise.»


Au moment d'abandonner sur une île déserte le capitaine d'un navire marchand qu'il vient de piller, Bellamy lui propose de se joindre à lui. Celui-ci refuse, se prétendant honnête homme. Bellamy se fâche et lui tient ce discours:


«Vous êtes un sournois de petit morveux du même acabit que tous ceux qui se laissent mener au bout du nez par les lois qu'ont faites les riches pour leur propre sécurité, vu que c'est le seul moyen que ces poltrons ont trouvé pour défendre ce qu'ils ont accaparé en le volant. La peste vous emporte, tous autant que vous êtes, aussi bien cette poignée de bandits forcenés que vous autres qui les servez! Et ils osent nous traiter de haut, ces forbans, quand la seule différence entre eux et nous, c'est qu'ils volent le pauvre sous le couvert de la loi et que nous pillons le riche sous la protection de notre seul courage! Vous auriez pas intérêt à devenir l'un de nous des fois, plutôt que de vous glisser aux culs de ces charognes dans l'espoir d'un casse-croute?

Je suis un prince libre et j'ai autant de droit à faire la guerre au monde entier que celui qui a cent voiles sur mer et cent mille fantassins sur terre: voilà ce que me dit ma conscience à moi. Mais à quoi ça sert de discuter avec des petits morveux larmoyants qui laissent des supérieurs leur botter le train à leur aise et qui placent leur foi dans un maquereau, une grosse dinde de prêtre, qui ne croit ni ne pratique ce qu'il prêche aux cruches qui l'écoutent?»


Cette même hargne, cette même fierté de leur état de rebelle, ils l'appliquent à ceux d'entre eux qui agissent en lâches. On raconte que Anne Bonney et Mary Read assistant à la pendaison de leur amant, le capitaine Jack Rackham, lui aurait crié que s'il s'était défendu comme un homme il serait libre et non sur le point d'être pendu comme un chien! Même que les deux femmes disent souhaiter qu'on pendent les pirates comme elles: «car avec cet exemple, il n'y aura moins de lâches qui voudront se faire pirates»!


Dans leurs paroles, les flibustiers se distinguent des pirates. Les flibustiers sont fiers, se sentent supérieurs et, malgré tout, espèrent une vie meilleure. Les pirates sont aussi fiers et hautains, mais n'espèrent plus rien.


Paroles de flibustiers, colères et montée de lait !